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TDAH et cocaïne : pourquoi j'ai eu l'impression de devenir enfin « normale »… avant de tout perdre

Soirée, quelques années avant le diagnostic de TDAH — témoignage addiction et TDAH, Créations TDAH

TDAH et cocaïne : mon histoire, sans filtre

Il y a des articles que l'on écrit pour améliorer son référencement.

Et puis il y a ceux que l'on écrit parce qu'on aurait aimé les lire quinze ans plus tôt.

Celui-ci fait partie de la deuxième catégorie.

Aujourd'hui, je suis coach sportive, entrepreneure, passionnée par les neurosciences, le TDAH et la compréhension du cerveau humain.

Mais en 2014, j'étais totalement dépendante à la cocaïne.

Pendant environ un an, cette poudre blanche est devenue le centre de ma vie.

Je ne l'écris ni avec fierté, ni avec honte. Simplement parce que cette histoire fait partie de moi.

Et surtout parce que, depuis que j'ai été diagnostiquée TDAH, énormément de choses ont enfin pris du sens.

Je comprends aujourd'hui pourquoi cette drogue m'a procuré une sensation que je n'avais jamais connue auparavant.

Je comprends aussi pourquoi elle m'a presque détruite.

Si mon témoignage peut éviter à une seule personne de tomber dans le même piège, alors il aura eu une utilité.

Tout a commencé par une crémaillère

Je venais de quitter mon compagnon. J'avais trouvé un nouvel appartement à Paris et, pour marquer ce nouveau départ, j'ai organisé une crémaillère.

Au cours de la soirée, quelqu'un a sorti de la cocaïne.

Ce n'était pourtant pas une découverte. J'en avais déjà essayé plusieurs années auparavant. À l'époque, cela ne m'avait strictement rien fait. Aucun effet particulier. Aucune envie de recommencer.

Cette fois… tout a changé.

Je me souviens encore très précisément de cette sensation. Quelques minutes après la première prise, je me suis tournée vers une amie.

Je lui ai dit sans hésiter : « Je veux le numéro de ton fournisseur. »

Quand j'y repense aujourd'hui, cette phrase me glace. Parce que je comprends maintenant qu'à cet instant précis, mon cerveau venait probablement de trouver quelque chose qu'il recherchait depuis des années.

Soirée parisienne, l'époque de la crémaillère — récit TDAH et addiction à la cocaïne

La première fois où je me suis sentie… normale

C'est probablement la partie la plus difficile à expliquer.

Beaucoup de personnes imaginent que la cocaïne procure uniquement une immense euphorie. Chez moi, ce n'était pas exactement cela.

Je n'avais pas l'impression d'être « défoncée ». J'avais surtout l'impression que mon cerveau fonctionnait enfin correctement.

Je retrouvais une énergie incroyable. J'avais envie de faire des choses. J'avais mille idées. Je pouvais discuter pendant des heures.

Moi qui étais plutôt casanière, je devenais sociable. J'étais drôle. Spontanée. Créative.

J'avais enfin l'impression d'être la personne que j'aurais toujours dû être.

Avec le recul, plusieurs psychiatres m'ont expliqué que je m'étais probablement servie de la cocaïne comme d'un antidépresseur.

Aujourd'hui, j'ajouterais une autre hypothèse. Peut-être aussi comme une forme d'automédication de mon TDAH, qui n'était pas encore diagnostiqué.

Portrait pendant la période de dépendance à la cocaïne — témoignage TDAH et addiction

Pourquoi le TDAH augmente le risque d'addiction

Les études montrent que les personnes présentant un TDAH développent plus souvent des troubles liés à l'usage de substances que la population générale.

Pourquoi ? Parce que le TDAH n'est pas un simple problème d'attention. C'est aussi une façon différente de gérer la dopamine.

La dopamine est un neurotransmetteur essentiel à la motivation, à la récompense, au plaisir, à l'initiation de l'action et au maintien de l'effort. Chez beaucoup de personnes TDAH, ces circuits fonctionnent différemment.

Résultat :

  • il est difficile de démarrer certaines tâches
  • la motivation varie énormément
  • les récompenses immédiates deviennent particulièrement attirantes
  • le cerveau cherche en permanence ce qui lui procurera suffisamment de stimulation

La cocaïne agit justement sur ce système. Elle empêche notamment la recapture de la dopamine, ce qui augmente fortement sa concentration dans certaines zones du cerveau. Pendant quelques heures, tout paraît plus simple.

Le problème, c'est que cette facilité est artificielle. Et le cerveau finit toujours par présenter la facture.

La sensation la plus dangereuse : croire qu'on a enfin trouvé la solution

Je crois que c'est ce qui rend cette drogue particulièrement perfide.

Je n'avais pas l'impression de faire la fête. Je n'avais pas l'impression de chercher l'ivresse. J'avais simplement l'impression d'être devenue une version enfin fonctionnelle de moi-même.

Je pouvais travailler toute la nuit. Imaginer des projets. Créer. Ranger. Organiser. Parler avec tout le monde. Tout semblait possible.

Quand on vit depuis des années avec un cerveau qui manque souvent d'élan, cette sensation est extraordinairement séduisante.

On ne cherche plus un plaisir. On cherche à retrouver un état qui paraît… normal.

Et c'est précisément là que le piège commence.

Dîner pendant la période de dépendance — sensation de fonctionner enfin normalement, témoignage TDAH

Je suis devenue mon propre petit laboratoire

Très vite, je consommais quasiment tous les jours. À l'époque, un gramme coûtait environ 80 €.

En faisant le calcul aujourd'hui, j'estime avoir dépensé autour de 12 000 € en une année.

Douze mille euros. Je ne regardais même plus. Toute mon énergie mentale était tournée vers une seule chose. Comment retrouver cette sensation.

Le problème, c'est que la cocaïne accélère énormément le rythme cardiaque. Alors moi, qui ne buvais quasiment jamais d'alcool… je me suis mise à boire. Pas pour faire la fête. Pour ralentir mon cœur.

Avec le recul, je trouve cette période presque absurde. Je prenais une substance pour monter. Puis une autre pour redescendre. Je devenais littéralement le petit chimiste de mon propre cerveau.

Je croyais être incroyablement productive

Pendant longtemps, j'ai été persuadée d'être devenue une machine. Je pouvais passer des nuits entières éveillée. Je lançais des dizaines de projets. Je faisais des plans. Je réfléchissais sans arrêt.

Je perdais énormément de poids. Je me sentais presque invincible.

Pourtant, avec le recul, je me rends compte que cette productivité était largement surestimée. Les neurosciences montrent d'ailleurs que les stimulants puissants peuvent augmenter le sentiment de confiance et la perception de ses performances, sans améliorer proportionnellement les performances réelles.

Autrement dit, on a souvent l'impression d'être exceptionnel… alors que ce n'est pas forcément le cas.

Perte de poids importante pendant la dépendance à la cocaïne — témoignage TDAH et addiction

Le prix à payer : le crash

Le vrai problème n'était pas la consommation. Le vrai problème arrivait quand j'arrêtais.

Pendant une semaine entière. Impossible de sortir du lit. Plus aucune énergie. Plus aucune motivation. Plus aucune envie. Je regardais le plafond. C'était tout.

Le cerveau venait de passer des semaines à recevoir artificiellement d'immenses quantités de dopamine. Naturellement, il n'était plus capable de fonctionner normalement.

Tout devenait gris. Tout devenait vide.

On ne reprend pas forcément de la cocaïne pour retrouver l'euphorie. Parfois, on en reprend simplement pour ne plus ressentir ce vide.

Le jour où j'ai demandé de l'aide

Fin 2014. Je n'avais plus le choix.

J'ai appelé ma mère. Je lui ai dit : « Ça fait un an que je prends de la drogue. »

Elle n'en avait absolument aucune idée. Je menais une double vie.

Elle est venue me chercher. Direction la campagne.

Avec le recul, je pense sincèrement que ce déménagement m'a sauvé la vie. À Paris, il suffisait d'un appel. En quinze minutes, on pouvait être livré. À la campagne, je ne connaissais personne. L'accès devenait beaucoup plus difficile.

Parfois, pour sortir d'une addiction, la volonté ne suffit pas. Il faut aussi supprimer les occasions.

Les rechutes

J'aimerais pouvoir dire que tout s'est arrêté là. Ce serait faux.

J'ai rechuté. Plusieurs fois.

À chaque fois que je retournais à Paris avec un peu d'argent… je savais exactement qui appeler.

Et c'est justement ce que beaucoup de personnes ne comprennent pas. Une rechute n'efface pas les efforts précédents. Elle ne signifie pas qu'on manque de volonté.

Le cerveau garde longtemps la mémoire des récompenses associées à une substance. C'est une réalité biologique. Pas une faiblesse morale.

Deux années pour reconstruire mon cerveau

La consommation a duré environ un an. La reconstruction, elle, a pris beaucoup plus longtemps.

J'ai été hospitalisée en psychiatrie. J'ai suivi différents traitements.

Je me souviens notamment d'une période où je recevais des perfusions d'Anafranil. J'étais tellement impatiente d'aller mieux que je réglais parfois moi-même le débit de la perfusion pour qu'elle passe plus vite.

Quand l'infirmière revenait en disant : « Déjà fini ? » Je répondais avec un grand sourire. Oui. Déjà.

Aujourd'hui, ça me fait sourire. À l'époque, cela montrait surtout à quel point je voulais retrouver une vie normale.

Petit à petit… l'énergie est revenue. Puis les émotions. Puis les envies. Puis les projets. Mais cela a demandé énormément de patience.

Perfusion pendant l'hospitalisation en psychiatrie — reconstruction après une addiction à la cocaïne

J'ai aussi pris trente kilos

On parle souvent des personnes qui maigrissent sous cocaïne. On parle beaucoup moins de ce qui peut se passer après.

Lorsque mon cerveau a recommencé à fonctionner normalement, mon poids est remonté. J'ai pris environ trente kilos.

À l'époque, je l'ai très mal vécu. Avec le recul, je préfère largement quelques kilos de plus qu'une addiction qui me détruisait à petit feu.

Avant la prise de poids post-addiction — témoignage TDAH et reconstruction après la cocaïne

Mon cerveau est-il resté le même ?

Je serais incapable de répondre avec certitude. Scientifiquement, je ne peux pas affirmer que telle ou telle caractéristique actuelle est directement liée à cette période.

En revanche, j'ai un ressenti. J'ai le sentiment d'être devenue beaucoup plus désinhibée. Je parle davantage. Je prends plus facilement la parole. Je suis probablement aussi plus impulsive.

Est-ce lié à la cocaïne ? À mon TDAH ? Aux événements de vie ? À l'ensemble de ces facteurs ? Je n'en sais rien.

Et il est important de distinguer ce que la science démontre de ce que chacun ressent personnellement.

Et les joints dans tout ça ?

Petit aparté. Parce qu'il vaut mieux en rire aujourd'hui.

Un jour, je n'avais plus de cigarettes. Je me suis dit que des joints feraient l'affaire.

J'en ai fumé… Quinze. Oui. Quinze.

Résultat ? J'étais recroquevillée en position fœtale. Convaincue que j'allais mourir. Je suppliais qu'on m'emmène à l'hôpital et qu'on me mette sous respirateur artificiel.

Pendant que tout le monde riait autour de moi.

Comme quoi, toutes les substances ne produisent vraiment pas les mêmes effets selon les personnes.

Ce que cette histoire m'a appris

Aujourd'hui, avec mon métier de coach et tout ce que j'ai appris sur le cerveau, je regarde cette période avec beaucoup moins de jugement.

Je comprends enfin pourquoi cette drogue m'a semblé si extraordinaire. Je comprends aussi pourquoi elle était vouée à me détruire.

Ce n'était pas une solution. C'était une illusion neurochimique. Une illusion extrêmement convaincante.

Si vous avez un TDAH et que vous vous reconnaissez dans ce récit

Si vous avez souvent l'impression de manquer d'énergie. Si vous cherchez constamment quelque chose qui vous donne enfin envie d'agir. Si vous avez déjà eu le sentiment qu'un produit vous faisait devenir “vous-même”…

Parlez-en. À un médecin. À un psychiatre. À un addictologue.

Parce qu'il existe aujourd'hui des prises en charge du TDAH bien plus sûres que l'automédication.

Et surtout, ne culpabilisez pas. Comprendre les mécanismes de votre cerveau ne justifie pas une addiction. En revanche, cela peut être le premier pas pour en sortir.

Si c'était à refaire ?

Non. Sans la moindre hésitation. Je ne recommencerais jamais.

La cocaïne m'a donné, pendant quelques mois, l'impression de devenir enfin la personne que j'avais toujours rêvé d'être.

Puis elle m'a pris mon argent. Mon énergie. Ma santé mentale. Mes projets. Et plusieurs années de reconstruction.

Aujourd'hui, je préfère construire lentement une vie qui me ressemble plutôt que d'emprunter artificiellement une énergie que mon cerveau me fera payer au prix fort.

Si cet article peut éviter à une seule personne de confondre soulagement temporaire et véritable solution, alors raconter cette histoire en valait la peine.

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