Journal / TDAH & créativité
Comment j'ai adoré cultiver du cannabis… alors que je n'en fume pas
On va mettre les choses au clair tout de suite.
Je ne fume pas de cannabis.
Je n'en consomme pas.
À chaque fois que j'ai essayé, ça m'a surtout offert un aller simple vers l'anxiété. Donc très peu pour moi.
Et pourtant…
J'ai adoré cultiver du cannabis.
Au point où, pendant plusieurs mois, mes plants étaient littéralement mes bébés.
Si vous avez un TDAH, il y a de fortes chances que cette phrase ait déjà beaucoup plus de sens qu'elle n'en a pour la majorité des gens.
Le TDAH adore les systèmes compliqués
Quand on parle de TDAH, les gens imaginent quelqu'un qui oublie ses clés, arrive en retard et commence cinquante projets sans en finir un.
Ce n'est pas faux.
Mais ils oublient souvent un détail : lorsqu'un sujet nous passionne, notre cerveau peut devenir incroyablement obsessionnel.
On appelle ça l'hyperfocalisation.
Et là… c'est terminé. On plonge. On veut tout comprendre. Tout optimiser. Tout tester.
Ce n'est pas une plante. C'est un gigantesque puzzle.
Quand j'ai commencé, je pensais faire pousser une plante.
Quelle naïveté.
En réalité, je me suis retrouvée avec un laboratoire vivant. Il fallait comprendre :
- la lumière
- le pH
- les engrais
- la température
- l'humidité
- la ventilation
- le développement des racines
- les différentes phases de croissance
- les carences
- les excès
- les variétés
- les réactions de la plante
Et évidemment… changer un seul paramètre pouvait modifier tout le reste.
Autant vous dire que mon cerveau était ravi. Mon cerveau disait : "Encore une variable à optimiser."
J'avais trouvé un jeu vidéo dans la vraie vie. Sauf qu'au lieu d'améliorer un personnage, j'essayais d'améliorer une plante.
Tiens… Les feuilles deviennent un peu plus claires. Pourquoi ? Le pH ? L'absorption ? L'arrosage ? Une carence ? La température de nuit ?
Je pouvais passer une heure à chercher une explication. Pas parce que j'étais obligée. Parce que ça me faisait plaisir.
Mes plantes étaient mes bébés
Ça peut paraître ridicule. Mais je leur parlais. Je les observais tous les jours. Je regardais chaque nouvelle feuille. Chaque centimètre gagné.
Je remarquais immédiatement lorsqu'une plante semblait moins "heureuse".
Oui, je sais. On dirait une folle. Mais je suis persuadée que beaucoup de personnes avec un TDAH comprennent exactement ce que je veux dire.
Quand notre cerveau adopte un projet, il s'y attache énormément.
Le vrai plaisir n'était pas le résultat
Le plus drôle, c'est que je ne fumais même pas. Le résultat final ne m'intéressait presque pas.
Moi, ce qui me faisait vibrer, c'était tout ce qu'il y avait avant. Observer. Comprendre. Tester. Optimiser. Corriger. Observer encore.
Finalement, la récolte, c'était presque la fin du jeu.
Cette même obsession du détail, c'est exactement ce qui finit dans mes créations.
Voir les créationsJe retrouve exactement le même plaisir aujourd'hui
Avec le recul, je me rends compte que je n'ai jamais vraiment changé.
Aujourd'hui, je fais exactement la même chose. Sauf que j'optimise d'autres systèmes.
Je peux passer des heures à comprendre comment améliorer le référencement d'un site. À tester une nouvelle IA. À créer un workflow. À fabriquer un bijou. À comprendre pourquoi une galvanoplastie fonctionne mieux avec un électrolyte qu'un autre. À imaginer une boutique entière autour d'une idée absurde.
Le sujet change. Le fonctionnement de mon cerveau, lui, reste exactement le même.
Ce n'était pas une passion pour le cannabis. C'était une passion pour la complexité.
Je crois que beaucoup de personnes voient le TDAH uniquement comme un handicap.
Moi, j'y vois aussi une immense capacité à tomber amoureuse d'un sujet. À apprendre très vite. À accumuler des connaissances parfois complètement improbables.
Le problème, ce n'est pas d'être passionné. Le problème, c'est qu'un jour, le cerveau décide que c'est terminé. Et il passe à autre chose.
Aujourd'hui, ce sont les intelligences artificielles. Demain, ce sera probablement autre chose.
Et honnêtement ? Je ne sais jamais vraiment à quoi m'attendre.
Mais une chose est sûre : si un jour vous me voyez passionnée par un sujet complètement improbable, ne soyez pas surpris.
Mon TDAH est probablement en train de s'amuser.
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