Journal / TDAH & créativité
Femme TDAH : la triple peine. Quand les hormones prennent le contrôle de votre cerveau
Pourquoi le TDAH est-il souvent plus difficile à vivre chez les femmes ? Parce qu'il ne faut pas seulement composer avec un cerveau qui fonctionne différemment. Il faut aussi composer avec les hormones.
Œstrogènes, cycle menstruel, syndrome prémenstruel, trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), périménopause… Tous ces facteurs peuvent amplifier les symptômes du TDAH chez certaines femmes et transformer quelques jours du mois en véritable cauchemar.
Si vous avez parfois l'impression de ne plus être vous-même avant vos règles, cet article est peut-être celui que vous auriez aimé lire plus tôt.
Mon premier choc : découvrir le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM)
Pendant des années, je prenais la pilule.
Puis je me suis retrouvée célibataire. J'ai arrêté la contraception en me disant que je n'en avais plus besoin.
Et là… j'ai découvert quelque chose dont je n'avais jamais entendu parler : le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM).
Chaque mois, quelques jours avant mes règles, c'était comme si un énorme nuage noir tombait sur ma tête.
Tout devenait injuste. J'étais comme possédée, ou comme si quelqu'un enfonçait très fort des aiguilles dans le cul d'une poupée vaudou à mon effigie.
Je pleurais sans raison.
J'étais totalement à fleur de peau. En gros, il ne fallait surtout pas me contrarier pendant cette période, parce que mon double maléfique était clairement aux commandes…
Puis… premier jour des règles. Et tout disparaissait.
Comme si quelqu'un avait appuyé sur un interrupteur.
Quand on ne l'a jamais vécu, cela paraît presque absurde. Pourtant, c'est exactement ce que vivent certaines femmes atteintes de TDPM.
Puis j'ai oublié…
Avec le temps, j'ai repris une pilule en continu.
Plus de cycles. Plus de symptômes.
J'en étais arrivée à oublier complètement que ce trouble existait.
Jusqu'au jour où j'ai décidé d'arrêter de nouveau.
Je voulais simplement voir où j'en étais. À 40 ans, avec tous les symptômes étranges que je ressentais, je me demandais si je n'entrais pas en périménopause.
Je n'étais absolument pas préparée à ce qui allait suivre.
J'ai réellement cru que j'allais me foutre en l'air.
Je pèse mes mots.
Cette fois-ci, le TDPM semblait avoir décuplé.
J'avais réellement l'impression que certaines personnes n'étaient tout simplement pas faites pour vivre sur Terre.
Et j'en faisais partie.
Avec une forme d'acceptation terrifiante. J'avais fait mon temps…
J'ai même envoyé des messages qui ressemblaient à des adieux, sans pour autant alerter qui que ce soit. Je souffre en silence.
Ce n'était pas une tristesse liée à un événement de ma vie.
C'était comme si mon cerveau avait été remplacé.
Quelques jours plus tard… les règles arrivaient. Et tout redevenait normal.
Comment ne pas être bouleversée par une telle différence d'état mental ?
Ce n'était pas « dans ma tête »
Pendant longtemps, on m'a expliqué que c'était « normal ».
Que toutes les femmes étaient un peu plus sensibles avant leurs règles.
Non.
Le trouble dysphorique prémenstruel n'a rien à voir avec un syndrome prémenstruel classique.
Il peut provoquer :
- une anxiété intense
- une dépression brutale
- des idées suicidaires
- une irritabilité extrême
- une perte totale d'espoir
- une colère incontrôlable
Le problème ne vient pas d'un manque d'hormones.
Il vient de la manière dont le cerveau réagit aux variations hormonales.
Pourquoi le TDAH complique encore les choses
Le cerveau TDAH fonctionne déjà avec un équilibre fragile de neurotransmetteurs, notamment la dopamine.
Les œstrogènes participent justement au fonctionnement de ces circuits cérébraux.
Lorsqu'ils chutent avant les règles, beaucoup de femmes TDAH constatent :
- davantage d'oublis
- une fatigue écrasante
- une hypersensibilité émotionnelle
- une aggravation de l'inattention
- une baisse de motivation
- parfois même une impression que leur traitement fonctionne moins bien
Autrement dit, un cerveau qui compense déjà toute l'année perd brutalement une partie de ses ressources.
Ce n'est pas de la faiblesse.
C'est de la biologie.
Comprendre son cerveau, c'est aussi ce qui donne envie de créer des objets qui le racontent honnêtement.
Voir les créationsMoi et les enfants : j'ai très vite compris
Petite, j'étais persuadée que je serais la première à me marier.
La première à avoir des enfants.
La réalité est toute autre.
À 40 ans, je suis célibataire. Je n'ai pas d'enfant.
Et contrairement à ce que certains imaginent, ce n'est pas un échec.
Très tôt, j'ai compris que gérer ma propre vie me demandait déjà énormément d'énergie.
Alors gérer celle d'un enfant… je ne m'en suis jamais sentie capable.
Même avec toute l'aide du monde.
Ce n'est pas un manque d'amour.
C'est simplement connaître ses limites.
Et je trouve finalement plus responsable de l'assumer que de faire semblant.
Bon… j'avoue quand même avoir sérieusement envisagé une autre option : vendre mes ovocytes en Espagne et attendre vingt ans qu'un test ADN fasse débarquer un inconnu à ma porte.
« Bonjour… je crois que vous êtes ma mère biologique. »
Je pense que j'aurais fait une excellente génitrice… mais une mère à plein temps ? Beaucoup moins.
La médecine commence enfin à rattraper son retard
Ce qui m'a le plus surprise, c'est que ces sujets restent encore largement sous-estimés.
Lorsque j'ai évoqué le TDPM à ma propre mère, gynécologue, j'ai eu droit au fameux : « C'est comme tout le monde. »
Eh bien non.
La recherche montre aujourd'hui que les hormones influencent fortement les symptômes du TDAH chez de nombreuses femmes. Les œstrogènes, le cycle menstruel, la grossesse, le post-partum ou encore la périménopause peuvent modifier le fonctionnement cognitif et émotionnel.
Heureusement, les connaissances progressent enfin.
En conclusion
Être une femme avec un TDAH, ce n'est pas seulement vivre avec un trouble de l'attention.
C'est aussi vivre avec un cerveau particulièrement sensible aux variations hormonales.
Comprendre ce mécanisme m'a permis d'arrêter de me détester.
Je ne dis pas que tout est facile.
Je dis simplement qu'il est plus simple de chercher des solutions quand on a enfin compris d'où vient le problème.
Et s'il y a bien une qualité que nous avons, nous les TDAH… c'est une créativité sans limite lorsqu'il s'agit de trouver des solutions.
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Appeler le 3114À lire aussi — TDAH et cocaïne : pourquoi j'ai eu l'impression de devenir enfin « normale »… avant de tout perdre
