Journal / TDAH & créativité
Pourquoi on m'appelait « la fine mouche » : ces anecdotes de mon enfance qui ont révélé mon TDAH bien avant le diagnostic
« Tu n'as jamais été enfant. »
Cette phrase, ma mère me l'a répétée toute mon enfance.
Pendant longtemps, je ne l'ai pas vraiment comprise. Aujourd'hui encore, je me demande ce qu'elle voulait dire exactement. Était-ce parce que j'étais trop mature ? Trop lucide ? Trop curieuse ?
Une chose est certaine : on ne me faisait pas facilement croire aux histoires.
Depuis toujours, mon surnom dans la famille était la fine mouche.
Et avec le recul, je me demande si ce n'était pas déjà l'une des premières manifestations de mon TDAH inattentif.
Car contrairement aux idées reçues, le TDAH ne se résume pas à être distrait. Chez certaines personnes, le cerveau semble au contraire absorber une quantité phénoménale d'informations, au point de remarquer des détails qui échappent complètement aux autres.
Quand j'ai failli ruiner le Père Noël à mon grand frère
Je devais avoir cinq ou six ans.
Mon grand frère croyait encore au Père Noël.
Moi, j'avais déjà compris.
Je l'ai donc entraîné dans un placard avec une idée très précise en tête.
Je lui ai expliqué que s'il regardait attentivement par le trou de la serrure au bon moment, il verrait que ce sont les parents qui déposent les cadeaux sous le sapin.
Je me souviens encore parfaitement de sa réaction.
Il s'est immédiatement couvert les yeux avec ses mains en répétant : « Non ! Non ! Je ne veux pas savoir ! »
Lui voulait continuer à rêver.
Moi, je voulais comprendre.
Avec le recul, cette scène résume parfaitement mon fonctionnement : je ne cherchais pas à casser la magie. J'avais simplement besoin que les choses aient du sens.
L'histoire de la Petite Souris
Même scénario avec la Petite Souris.
J'avais perdu une dent.
Comme beaucoup de parents, mon père attendait que je sois censée dormir pour venir déposer une pièce sous mon oreiller.
Il est venu me faire un bisou de bonne nuit.
Puis, dans un geste qui se voulait sûrement très discret, il a glissé ses deux mains sous mon oreiller, comme pour me faire un câlin.
Sauf que, pour moi, ce geste n'avait aucun sens.
Pourquoi mettre les mains sous mon oreiller ?
Mon cerveau a immédiatement compris qu'il magouillait quelque chose.
Je me suis redressée d'un coup, je l'ai pointé du doigt et j'ai lancé : « Ha ! »
Je venais de le griller.
Je ne l'avais même pas vu déposer la pièce.
J'avais simplement remarqué un comportement qui ne collait pas avec la situation.
Une toute petite incohérence.
Et mon cerveau l'avait détectée instantanément.
« Mais alors… il est mort ? »
L'anecdote la plus célèbre de la famille est sans doute celle-ci.
J'étais encore très petite lorsque mon grand-père est décédé.
Mes parents cherchaient les mots pour nous l'annoncer, à mon frère et à moi.
Ils ont commencé avec beaucoup de douceur.
« Papi est parti faire un long voyage… »
Mon frère est aussitôt reparti jouer.
Moi, je suis restée à les regarder.
Quelques secondes.
Puis je leur ai demandé très naturellement : « Mais alors… il est mort ? »
Ils n'avaient pas encore prononcé le mot.
Mais j'avais déjà compris.
Le ton de leur voix. Leur regard. Le contexte. Leur émotion.
Tous les indices étaient déjà là.
Aujourd'hui encore, cette histoire fait rire toute la famille.
Une enfant qui observait plus qu'elle ne rêvait
Pendant longtemps, j'ai cru que tout le monde fonctionnait comme moi.
Je pensais que chacun remarquait les changements d'ambiance, les expressions du visage, les contradictions, les gestes inhabituels ou les non-dits.
Puis j'ai compris que non.
Mon cerveau semblait enregistrer énormément d'informations sans même que je le décide.
Comme une éponge. Comme un radar.
Je ne regardais pas seulement ce qui se passait.
Je le décodais.
Ce que la science dit du TDAH inattentif
On imagine souvent les personnes ayant un TDAH inattentif comme étant « dans la lune ».
La réalité est beaucoup plus nuancée.
Les recherches montrent que le cerveau TDAH filtre moins efficacement les informations jugées secondaires. Là où beaucoup de cerveaux éliminent automatiquement une partie des bruits, des mouvements ou des détails visuels, le cerveau TDAH laisse passer davantage de stimuli.
Autrement dit, ce n'est pas toujours un manque d'attention.
C'est parfois une attention répartie sur beaucoup trop de choses à la fois.
Un changement de ton. Une hésitation. Une expression du visage. Un bruit inhabituel. Un objet déplacé. Une odeur.
Toutes ces informations peuvent être traitées simultanément.
Cette particularité explique en partie pourquoi certaines personnes atteintes de TDAH donnent l'impression de tout remarquer.
Pourquoi certaines personnes TDAH sentent les arnaques venir
En grandissant, cette façon d'observer ne m'a jamais quittée.
J'ai souvent cette impression de sentir rapidement quand quelque chose ne colle pas.
Une histoire qui sonne faux. Une personne qui joue un rôle. Une manipulation. Une arnaque.
Évidemment, je me trompe parfois. Je n'ai aucun super-pouvoir.
Mais il y a souvent ce petit voyant rouge qui s'allume très tôt.
Cette sensation difficile à expliquer qui murmure : « Il y a quelque chose qui ne sent pas bon. »
Je pense que cela vient du fait que mon cerveau accumule une multitude de micro-informations : une contradiction dans un discours, un changement de ton, une hésitation, un regard, une posture ou un détail qui semble anodin.
Pris séparément, ces éléments ne signifient pas grand-chose.
Mais mis bout à bout, ils créent parfois une intuition étonnamment juste.
Attention toutefois : les études ne montrent pas que les personnes ayant un TDAH sont de meilleurs détecteurs de mensonges. En revanche, elles peuvent remarquer davantage de signaux de leur environnement, ce qui peut donner cette impression de posséder un véritable radar humain.
Ce même œil pour le détail, c'est aussi ce qui finit dans chaque création de la boutique.
Voir les créationsUne force… qui peut aussi devenir épuisante
Cette capacité d'observation est un formidable atout.
Elle me permet d'apprendre vite, de comprendre rapidement le fonctionnement d'un système, de résoudre des problèmes ou de faire des liens entre des informations qui semblent pourtant sans rapport.
Mais elle a aussi un coût.
Quand votre cerveau ne cesse jamais de scanner son environnement, il ne cesse jamais non plus de travailler.
Beaucoup de personnes ayant un TDAH parlent d'une fatigue mentale permanente, de difficultés à mettre leur cerveau sur pause ou de cette impression d'être constamment en train d'analyser le monde.
Je me reconnais totalement dans cette description.
Et si je n'avais jamais été une enfant « bizarre » ?
Avec le recul, je ne pense pas que je n'aie jamais été enfant.
Je pense simplement que mon cerveau fonctionnait déjà différemment.
Il observait. Il comparait. Il reliait les indices. Il cherchait à comprendre ce qui se cachait derrière les apparences.
Alors non, tous les enfants qui découvrent rapidement la vérité sur le Père Noël n'ont évidemment pas un TDAH.
Et toutes les personnes ayant un TDAH ne vivent pas ce genre d'anecdotes.
Mais beaucoup racontent avoir été ces enfants que l'on qualifiait de « vieux avant l'âge », de « trop lucides », de « petites éponges » ou… de fines mouches.
Aujourd'hui, des années après mon diagnostic, je comprends enfin pourquoi ce surnom m'a suivie toute ma vie.
Ce n'était pas parce que j'étais plus intelligente que les autres.
C'était simplement parce que mon cerveau regardait là où beaucoup ne pensaient même pas à regarder.
Et finalement, je crois que c'est l'une des plus belles façons de décrire mon TDAH inattentif.
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