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TDAH : quand le cerveau ne veut plus démarrer

Portrait en noir et blanc, yeux fermés — panne de motivation et TDAH, Créations TDAH

Imaginez que vous êtes au volant de votre voiture, au milieu de la route.

Vous savez parfaitement où vous voulez aller.

Vous avez même prévu l'itinéraire.

Vous avez préparé vos affaires, choisi votre destination, vous avez envie d'y aller.

Sauf que la voiture est en panne sèche.

Derrière, ça commence à klaxonner.

« Allez ! Avance ! »

« Bouge-toi un peu ! »

« Force-toi ! »

Vous pouvez appuyer autant que vous voulez sur l'accélérateur : sans essence, la bagnole ne bougera pas.

Eh bien, depuis plusieurs semaines, c'était exactement ça.

J'avais les projets. J'avais les idées. J'avais même commandé tout ce qu'il fallait pour les réaliser. J'avais prévu l'itinéraire.

Mais impossible de démarrer.

Et ce qui m'a vraiment alertée, c'est que je connaissais cet état où l'on n'a envie de rien : j'ai connu la dépression. Je sais ce que c'est.

Là, ce n'était pas ça.

Je n'étais pas particulièrement triste. Je ne voyais pas tout en noir. Je n'avais pas cette sensation d'effondrement que j'avais déjà connue.

C'était autre chose. La vie était devenue plate. Et surtout, ce n'était pas normal.

Quand même les choses qui vous intéressent ne vous font plus démarrer

Petit à petit, j'ai commencé à observer ce qui avait changé.

Normalement, je suis capable de me passionner pour un sujet sorti de nulle part et de passer trois heures à apprendre absolument tout dessus.

Là : rien. Plus vraiment envie d'apprendre, de découvrir, de chercher.

Mes projets étaient pourtant toujours dans ma tête. Je pouvais regarder le matériel que j'avais commandé et savoir exactement ce que je voulais en faire. Mais je ne commençais pas.

Et ça a fini par déborder sur des trucs beaucoup plus basiques. Le ménage, par exemple. Pas envie. Pas d'élan. « Je le ferai après. » Sauf qu'après non plus.

Et c'est là que ça devient compliqué à expliquer à quelqu'un qui ne connaît pas cette sensation. Parce que vu de l'extérieur, qu'est-ce qu'on voit ? Quelqu'un qui ne fait rien.

Donc la solution semble assez évidente : « Ben force-toi. »

Justement. C'est là que ma voiture en panne sèche prend tout son sens.

Je sais où je dois aller. J'ai même envie d'y aller. Mais vous pouvez klaxonner derrière moi pendant trois heures, ça ne va pas faire apparaître de l'essence dans le réservoir.

Alors j'ai commencé à m'intéresser à ce qui se passe dans le cerveau

Et c'est là que ça devient franchement intéressant. Parce que ce que nous appelons communément la « motivation » recouvre en réalité plusieurs mécanismes.

Avoir envie de quelque chose et réussir à déclencher l'action nécessaire pour l'obtenir ne sont pas exactement la même chose.

Pour passer d'une intention à une action, notre cerveau mobilise notamment ce qu'on appelle les fonctions exécutives. Ce sont elles qui interviennent quand il faut organiser une tâche, choisir par où commencer, maintenir un objectif, résister aux distractions, gérer l'effort… et effectivement se mettre en route.

Or, le TDAH ne consiste pas simplement à être distrait ou à oublier ses clés. Il touche justement ces mécanismes de régulation et de contrôle.

Et dans cette histoire interviennent notamment deux neurotransmetteurs dont on entend énormément parler dans le TDAH : la dopamine et la noradrénaline.

Dopamine, noradrénaline et TDAH : c'est un peu plus compliqué qu'un « manque de dopamine »

La dopamine intervient notamment dans les mécanismes de motivation, d'apprentissage, de récompense et dans la manière dont notre cerveau attribue de l'importance à ce qui se présente à lui.

La noradrénaline intervient notamment dans l'éveil, la vigilance, l'attention et la mobilisation des ressources nécessaires pour agir.

Et ces deux systèmes jouent un rôle important dans certains réseaux cérébraux impliqués dans les fonctions exécutives.

Mais attention. Le raccourci qu'on lit parfois : « TDAH = manque de dopamine » est beaucoup trop simpliste.

Le cerveau n'est pas une bouteille avec un niveau de dopamine qu'il suffirait de remplir. Ce qui compte, c'est aussi la manière dont ces neurotransmetteurs sont libérés, transportés, captés et régulés, et surtout dans quels circuits cérébraux et à quel moment.

Et personnellement, je trouve ça passionnant. Parce que ça permet aussi de sortir de cette vision très morale de la motivation : « Si tu le voulais vraiment, tu le ferais. »

Eh bien non. On peut vouloir quelque chose et avoir malgré tout beaucoup de mal à mobiliser les mécanismes nécessaires pour passer à l'action.

Ça ne veut évidemment pas dire que chaque fois qu'une personne avec un TDAH a la flemme de vider le lave-vaisselle, c'est « à cause de sa dopamine ». Moi aussi, parfois, j'ai juste la flemme.

Mais quand votre fonctionnement change brutalement et que ça dure plusieurs semaines, là, ça mérite peut-être de se poser quelques questions. Et c'est ce que j'ai fait.

Et hier soir, j'ai posé une question à ChatGPT

Une question toute bête : « Est-ce que l'alcool peut agir sur la dopamine et la noradrénaline ? »

La réponse était oui. Mais évidemment, c'est beaucoup plus compliqué que ça.

L'alcool agit sur un paquet de systèmes dans le cerveau. Il modifie notamment l'activité du GABA et du glutamate et influence indirectement les circuits dopaminergiques de la récompense.

Bref, ce n'est certainement pas un petit médicament propre et ciblé qui viendrait gentiment remonter un curseur « dopamine » dans le cerveau.

Et là, dans un grand moment de démarche scientifique parfaitement discutable… j'ai picolé toute seule.

Je précise tout de suite que cette partie de l'article n'est PAS un protocole expérimental à reproduire chez vous.

Mais le résultat m'a quand même franchement interpellée. Parce qu'après plusieurs semaines à me sentir comme une voiture sans essence, pendant quelques heures… le moteur s'est remis à tourner.

J'avais envie de faire des trucs. J'avais des idées. Je retrouvais de l'élan. Et surtout, cette espèce de frein invisible que je traînais depuis des semaines semblait avoir diminué.

Ce qui m'a amenée à une conclusion scientifique particulièrement élaborée : « Ah bah super. Maintenant il faut que je devienne alcoolique pour fonctionner normalement. »

Évidemment que non. Et le réveil de ce matin m'a d'ailleurs fourni quelques arguments supplémentaires contre cette hypothèse thérapeutique.

Non, le Chardonnay n'est pas un traitement du TDAH

Je préfère quand même préciser les choses parce qu'on est sur Internet et que je sais parfaitement comment une phrase peut finir sortie de son contexte.

Le fait que je me sois sentie temporairement mieux après avoir bu ne prouve absolument rien sur mon niveau de dopamine ou de noradrénaline.

L'alcool agit simultanément sur énormément de mécanismes cérébraux. Il peut notamment modifier temporairement l'anxiété, l'inhibition, la perception de l'effort ou de la récompense.

Et à l'inverse, sa consommation répétée peut perturber le sommeil, l'humeur et les capacités cognitives et conduire à une tolérance puis à une dépendance.

Donc non : je ne vais pas devenir alcoolique pour réussir à passer l'aspirateur.

En revanche, cette expérience m'a fait réfléchir. Elle m'a surtout confirmé que ce que je ressentais depuis plusieurs semaines était suffisamment inhabituel pour que j'arrête de chercher une explication toute seule et que j'en parle à quelqu'un dont c'est le métier.

Parce que tout n'est pas forcément « le TDAH »

C'est aussi quelque chose qui me paraît important. Quand on a un diagnostic, il est extrêmement tentant de lui attribuer tout ce qui nous arrive.

Je pourrais décider : « Voilà, c'est mon TDAH, je manque de dopamine, affaire classée. » Sauf que non.

Une perte d'élan, une diminution du plaisir ou un changement important dans la capacité à initier les tâches peut avoir énormément d'explications.

Le TDAH peut être une piste. Mais il peut aussi y avoir des facteurs liés au sommeil, à l'alimentation, aux hormones, au stress, à un traitement médicamenteux, à l'anxiété, à l'humeur… Et plusieurs choses peuvent évidemment se cumuler.

C'est précisément pour ça que j'ai repris rendez-vous avec ma psychiatre.

Alors voilà où j'en suis

J'ai rendez-vous le 3 septembre. Et pour l'instant, je ne sais pas ce qu'elle me dira.

Peut-être qu'il faudra modifier quelque chose. Peut-être envisager un traitement. Peut-être chercher ailleurs. Peut-être que plusieurs facteurs se sont simplement additionnés. Je n'en sais rien.

Et finalement, ce n'est pas vraiment le sujet de cet article. Si j'avais envie de raconter ça, c'est surtout pour essayer de faire comprendre aux gens que parfois, ce n'est pas simplement une question de volonté.

Quand on a un cerveau qui ne fonctionne pas exactement comme celui de tout le monde, certaines choses qui paraissent parfaitement évidentes aux autres peuvent demander une énergie considérable.

Et oui, évidemment qu'il faut parfois se forcer. Avoir un TDAH ne dispense pas de faire des efforts.

Mais il y a une différence entre se forcer à faire quelque chose dont on n'a pas envie… et essayer désespérément de démarrer quelque chose qu'on a réellement envie de faire.

C'est pour ça que le fameux « Ben force-toi ! » peut devenir particulièrement agaçant. Parce que parfois, justement, on essaie.

On sait où on veut aller. On a préparé ses affaires. On a choisi la destination. On a même prévu l'itinéraire.

Mais quand la voiture est en panne sèche, vous pouvez klaxonner autant que vous voulez derrière. Elle ne démarrera pas davantage.

Alors en attendant le 3 septembre, je vais faire ce que je peux. Me forcer quand j'y arrive. Profiter des moments où le moteur accepte de repartir. Et essayer de ne pas trop culpabiliser le reste du temps.

Parce qu'en ce moment, j'ai quand même cette étrange impression que tout est un peu en attente.

On verra ce que dira ma psychiatre. Et évidemment, je vous tiendrai au courant de la suite.

Cet article raconte une expérience personnelle du TDAH, pas un avis médical. Si vous vous reconnaissez dans ce texte, parlez-en à un professionnel de santé plutôt qu'à un article de blog — même bien écrit.

En attendant que le moteur reparte, il y a toujours la boutique pour les jours où l'hyperfocus, lui, fonctionne encore très bien.

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